Présentation
"C'est peu dire que des mots comme "fan", "tube" ou "star" paraissent incongrus quand on les prononce à son sujet. Et quand, au delà de l'œuvre, on s'intéresse à l'homme, on découvre le même genre de personnage. Un anarchiste qui "traversait la rue toujours dans les clous pour ne jamais adresser la parole à un flic", un timide qui ne sortait que pour chanter devant les foules, un bricoleur impénitent qui détestait le téléphone au point de poser un interrupteur sur le cable de la sonnerie, mais conservait tout près du combiné un numéro griffoné sur un coin de feuille, celui de Brel aux Marquises.
La chanson n'est pas faite pour raconter la condition humaine. Pourtant, des mégères de Brives-la-Gaillarde à la Religieuse, de la Jeanne à Mélanie, de l'épave au vieux Léon, on en retrouve, des connaissances, des amis, des voisins, des membres de la famille. (...)
L'histoire qu'il nous raconte est la nôtre ; il est peut-être là, ce lien qui s'affermit au fil du temps, dans ces petits tableaux qui nous révèlent comme autant de miroirs que lâches, ivrognes, cocus, voleurs ou assassins que nous puissions être, chacune de nos vies vaut la peine d'être chantée. Étrange rédemption venue d'un mécréant qui aura tout de même prononcé 140 fois le nom de Dieu dans ses quelques 200 textes.
Ce lien se cache aussi dans l'apparente facilité de la forme. Nous sommes nombreux à avoir cru que ses mélodies étaient simples et son jeu de guitare rudimentaire. De tous les âges et de tous les milieux, combien de mains auront saigné avant de parvenir au plaisir indicible de massacrer la "Non demande en mariage" devant une fille qu'on finira par épouser."
Maxime Le Forestier